L E O . L I O N N I

L A . B O T A N I Q U E . P A R A L L È L E

 

Traduction de l'italien par Philippe Guilhon

augmentée par Anton Doghov

 

 

avec des dessins de l’auteur

 

 

PRÉFACE DE

MARCO MARTELLA

 

*

 

POSTFACE DE

JEAN-PIERRE LE GOFF 

 

 

 

 

« une flore de jungle ambiguë, féroce et monstrueusement fascinante »

« la découverte d’une botanique dont les lois semblent étrangères

à toutes les lois naturelles connues »

« au fond, il ne faudrait pas parler d’un règne, mais bien d’une anarchie végétale » 

 

 

Gustav Morgensten, paléontologue, auteur de la "Théorie des Grands Vents"
Gustav Morgensten, paléontologue, auteur de la "Théorie des Grands Vents"

 

Le premier congrès de botanique parallèle s’est tenu en 1968 à Anvers.

Ce qui distingue les plantes parallèles des plantes dites réelles de la botanique ordinaire ? Selon le savant français Jacques Dulieu, c’est qu’elles procèdent de deux qualités du réel : une ici et l’autre « derrière la haie ». «Derrière la haie, la réalité nous appartient : c’est une condition absolue de toute existence. […] Les plantes qui poussent dans ce jardin ne sont ni plus ni moins réelles que celles qui s’inclinent sous le vent de la raison. Leur réalité, conférée par nous, est tout simplement autre. »

 

 

Tirelles étrangleuses
Tirelles étrangleuses

 

 

 

Mais encore : les plantes parallèles sont conditionnées par des rapports temporels anormaux et souvent incompréhensibles : immobiles dans le temps, « fossiles d’elles-mêmes », certaines connaissent les méchantes contingences du monde réel, tandis que d’autres, « chimères de vies antérieures », existent hors du temps.


 

Feuille de Taluma labirintiana
Feuille de Taluma labirintiana

 

 

 

Et, en effet, les qualités de cette flore parallèle sont à tous points de vue déconcertantes : a-matérielles, c’est-à-dire sans organe, sans matière et sans croissance, ces plantes rejettent les contraintes gravitationnelles les plus élémentaires. Il en est qui apparaissent clairement sur les clichés photographiques mais que l’oeil humain ne peut voir ; il en est qui refusent les lois de la perspective et qui gardent toujours la même taille quelle que soit la distance qui nous sépare d’elles. Certaines ne se laissent pas cueillir : au contact de la main elles se volatilisent instantanément ; d’autres, incolores, révèlent dans certaines conditions un jeu chromatique d’une rare beauté…

 


Protorbis de Katachek
Protorbis de Katachek

 

 

« Machines à faire de la poésie », elles ouvrent des dissertations philosophiques entre savants du monde entier sur la nature du réel et de l’irréel, dissertations qui impliquent la parapsychologie, la psycholinguistique, la sémiotique… et dans lesquelles la passion scientifique se mêle souvent aux excentricités individuelles. Tirelle, Pince des Bois, Tubulaire, Camporana, Protorbis, Labyrinthienne, Artisie, Bourgeonnante, Étrangleuse, Tournelune, Solée, Sigurya : pas moins de douze plantes parallèles sont recensées dans cet ouvrage. L’étude de leur origine et de leur morphologie est aussi l’occasion pour le lecteur de découvrir les rituels auxquels elles participent chez des peuples tels que les Indiens Macholes (Mexique), les Indiens Aymaras (Pérou) ou les Kaori australiens, et de se familiariser avec les croyances indigènes observées dans les temples du Talestan, dans les forêts tropicales d’Afrique centrale ou encore dans les steppes de Jagurie…

 

Petite barque propitiatoire des Indiens Okono
Petite barque propitiatoire des Indiens Okono

L E S . A U T E U R S

 

 

LEO LIONNI(1910-1999), écrivain, illustrateur, designer, sculpteur italien naturalisé américain, a publié de très nombreux ouvrages pour la jeunesse, dont le premier, Petit-Bleu et Petit-Jaune (1962), est devenu un classique. Nombre de ses albums ont été traduits en plusieurs langues. Livre à part dans l’œuvre de Leo Lionni, La Botanique parallèle, publiée pour la première fois en Italie en 1976 (Adelphi), a paru en France en 1981 (éditions Pandora), dans une traduction de Philippe Guilhon. C’est ce texte, désormais introuvable, que les éditions des Grands Champs ont réédité, dans une version révisée et augmentée de textes et d'images absents de la première édition française.

Écrit sur le principe d’un véritable traité, ce livre est une fabuleuse entreprise de mystification. Il conçoit une prodigieuse science de l’imaginaire, dont la rigueur n’en ouvre pas moins sur une réalité magique. Après la zoologie fantastique de Borges, le monde minéral de Caillois, voici le fascinant univers végétal de Lionni.

 

 

 

Leo Lionni à la fonderie de Sommacampagna, dr.
Leo Lionni à la fonderie de Sommacampagna, dr.

 

 

MARCO MARTELLAest historien des jardins. Diplomé de l’École d’Architecture de Versailles, il a publié des études et monographies sur les jardins du département des Hauts-de-Seine où il est en charge de la valorisation du patrimoine vert. Il est également l’auteur d’un essai sur l’art des jardins : Le Jardin perdu (Actes Sud, 2011), ouvrage signé sous le pseudonyme de Jorn de Précy, jardinier philosophe fictif du XIXe siècle, et traduit en italien sous le titre E il giardino creò l’uomo (2012). En 2010, Marco Martella a fondé Jardins, revue annuelle publiée aux éditions du Sandre.
 

JEAN-PIERRE LE GOFF (1942-2012) est né à Douarnenez. Il y fait la connaissance de Georges Perros, et rencontre ensuite, une fois à Paris, les membres du groupe surréaliste. Son premier livre, Journal de neiges, est publié en 1983 (journal intime écrit seulement le premier jour de l’année où la neige tombe sur Paris). Il a écrit de nombreux textes courts dont l'ensemble a été publié par Gallimard sous le titre Le Cachet de la poste (2000). Après sa participation au mouvement Banalyse dans les années 1980, il devient membre du Collège de 'Pataphysique. Parmi ses publications, signalons encore L'Écriture des fourmis (Au crayon qui tue, 2003), ouvrage relatant l'expérience qu'il a menée avec ces insectes – ceux-ci écrivent le mot "ants" –, ainsi que Les Abymes du Titanic (Au Crayon qui tue, 2006) où il évoque son père, marin perdu en mer. Il est le seul, à notre connaissance, à avoir écrit sur La Botanique parallèle lors de la parution de la première édition française. Ce texte, que nous reprenons en guise de postface, a paru dans la revue Intersigne.