MémoireMémoires

juillet 2013

 

 

par Alfred Eibel

 

Étiemble, en fin lettré, recommandait aux amateurs la prose claire, limpide, de Louis de Broglie ; celle, ondulatoire, du naturaliste Réaumur. Marcel Arland dans son Anthologie de la prose française vantait celle d ’un jardinier du XVIIe siècle. Roger Vailland, celle d’un éleveur de chevaux du XIXe siècle. Si ces auteurs ne sont pas des littérateurs, ils n’en possèdent pas moins un sens aigu de la langue française. J’en dirai autant de La Botanique parallèle de Leo Lionni. Toutes les plantes décrites sont imaginaires ; néanmoins crédibles du point de vue scientifique. L’ensemble forme un jardin extraordinaire (Charles Trenet). Les illustrations touchent à la pure joie de l’équilibre. Les plantes s’enchevêtrent, s’entrelacent, se croisent, s’entrecroisent, s’emmêlent, forment une forêt enchantée. Plantes molles rappelant les montres de Salvador Dali, plantes étrangleuses, plantes flûtes à champagne, plantes serpents, plantes aux mains jointes, «plantes moqueuses», hautes plantes-parapluies, bourgeons javelots. Rien ne manque à cette nomenclature lyrique et poétique. Exemple : «Un jour, à l’heure où le soleil amorce sa lente chute et où la ville semble se draper dans un smog rosé, l’âcre odeur de bouse brûlée monte jusqu’à la colline…».

 

 

L'Alamblog

août 2013

 

Un jardin pour Alice ?

par Éric Dussert

 

Après la Zoologie onirique de Guy Girard, il n'était pas possible de ne pas évoquer un classique des sciences naturelles imaginatives : La Botanique parallèle de l'Italien Leo Lionni (1910-1999), inoubliable auteur de Petit-Bleu et Petit-Jaune (L’École des loisirs, 1970) et d'autres livres délicieux.

Militantes de la littérature naturelle, les meneuses des éditions des Grands Champs ont ouvert grand leur porte pour faire entrer en leur catalogue un très grand livre : La Botanique parallèle de Leo Lionni.
A l'instar du zoo de Guy Girard, ou même du jardin statutaire de Jacques Abeille, lequel est minéral évidemment, on aborde chez Lionni une flore en folie, des herbes exubérante qui se laissent vivre, puisqu'elles existent, et suggèrent au naturaliste Lionni des notices et des dessins de scientifique illustrant la tournelune ou les kumodes et le Barometz, l'arbre-brebis...
Ce savant de haulte fantaysye façonne depuis les méandres de son cerveau un monde imaginaire avec son archéologie, son anthropologie, ses traditions, ses contes, sa physique, ses couleurs. Au fond, son livre est une serre magique, un miracle arboré, feuillu, herbu, vert comme un nouveau Paradis, une sorte de terre impromise, ce qui n'exclut pas la cruauté et les errances.
Au terme de sa refondation du monde, l'auteur pourrait s'exclamer, un sanglot de fierté dans

la voix :

 

                Entre ici, Alice !
                (Et vous aussi mes frères et sœurs...)

 

La résurrection merveilleuse de ce livre, édité une première fois en français par Pandora

en 1981, peut s'enorgueillir désormais de posséder en outre une préface de Marco Martella et d'un très beau texte du regretté Jean-Pierre Le Goff, « Les plantes de l'autre côté de la haie ».
Franchement, ce bel ouvrage qui est aussi un bel objet prouve à lui seul que l'altruisme a des limites : c'est un beau cadeau à se faire.

 

 

Le Correspondancier du Collège de 'Pataphysique

n°24 - octobre 2013

 

 Patabotanique

 

Le numéro du Correspondancier consacré à la Patabotanique citait abondamment La Botanique parallèle de Leo Lionni, ouvrage alors difficilement trouvable. Les éditions des Grands Champs l'ont republié au mois de gidouille 140, augmenté d'illustrations et de textes (traduits par Anton Doghov) qui ne figuraient pas dans l'édition française de 1981. La recension de l'ouvrage que donna à l'époque le futur Régent Jean-Pierre Le Goff dans la revue Intersigne est reprise en postface.

 

 

Librairie Le Divan 

 

Fantastique recueil de plantes imaginaires, d'une inventivité saisissante, d'une poésie merveilleuse, à classer entre Borges et Caillois. Saluons également le beau travail des éditions des Grands Champs. Un livre rare à tout point de vue.

 

 

Hublots (blog)

décembre 2013

 

par Philippe Annocque

 

Je viens de terminer la lecture d’un livre tout à fait étonnant. Ce n’est pas un roman, ni même un récit ; ce n’est pas de la poésie ni du théâtre ; ce n’est pas non plus un essai. Non : c’est de la botanique parallèle. Ce qui signifie que ce n’est pas non plus de la botanique – car il m’arrive aussi, je le confesse, de lire de la botanique. Quand la littérature me gonfle ou me déprime, c’est comme une respiration, je lis de la botanique. Ou de la zoologie. Ou de la mycologie. Aucun règne ne m’arrête. Mais là, ce n’est donc pas non plus à proprement parler de la botanique : c’est de labotanique parallèle. D’ailleurs c’est écrit dessus, en lettres d’un magnifique vieil argent : LA BOTANIQUE PARALLELE.

Le titre n’est pas mensonger ; car tel est, en effet, le sujet de ce beau livre (on pourrait aussi, pourquoi pas, être tenté de le classer dans la catégorie des « beaux livres », de ceux qu’on offre pour les fêtes, tant en effet il est beau, et illustré qui plus est). Le titre n’est pas mensonger, et le contenu en effet joue essentiellement de son rapport à la réalité, cette chose que l’homme à toute force prétend saisir, au point d’avoir développé des membres aux capacités préhensiles d’une extrême finesse, et même le cerveau qui va avec, histoire de mieux sentir combien elle lui échappe, cette réalité. A preuve : cette botanique parallèle.

Car il existe – ou plutôt il pourrait exister –, nous dit Leo Lionni, tout un règne inaperçu, ou entraperçu du coin de l’œil au fil des siècles. Leo Lionni, donc. Le texte est de Leo Lionni. Les illustrations, superbes, sont de Leo Lionni. Je vous le dis parce que je l’ai lu. Car Leo Lionni fait tout pour nous le faire oublier, pour se faire oublier. Son objet est bien trop vaste. Un règne, donc, disais-je : celui des plantes parallèles. Ces plantes qui n’en sont pas, qui n’en sont plus, qui n’existent pas mais dont pourtant on nous présente les traces, les caractéristiques, les circonstances de leurs découvertes, les légendes qui s’y rattachent. « Qui n’existent pas » n’est sans doute pas bien dire, car elles existent plutôt dans un temps arrêté, constituent un règne par leur caractère organique et en même temps relèvent du non-vivant sans pour autant être mortes.

Le livre lui-même se présente comme une somme, l’état des connaissances en matière de botanique parallèle à l’époque de sa première publication dans les années 70. Les plantes y sont minutieusement décrite, nommées – les noms vernaculaires, tirelles, solées, tournelunes ou pinces des bois, y côtoient les appellations scientifiques linnéennes, Tirillus maculatusSigurya barbulataTaluma labirintiana et autres Camporana erecta, car comme le disait un conseiller en horticulture de ma connaissance, sans le latin il n’est pas possible de savoir de quoi l’on parle. La dimension narrative cependant n’est pas absente de la Botanique parallèle, car chaque découverte est une aventure, parfois tragique, toujours troublante par ce qu’elle révèle. Comme par ailleurs l’homme a toujours côtoyé les plantes parallèles qui peut-être n’attendaient que lui pour accéder à un degré supérieur de matérialité, il est bon de se plonger dans telle légende wombasa, en Afrique, où il est manifestement question de la tournelune, ou de lire la fable, bien connue au Tarzistan puisqu’elle a pour cadre le village de Zibersk, du Tchavo aux feuilles d’argent, qui n’est autre, à n’en pas douter, selon les dernières découvertes, qu’une solée, l’un des cas les plus troublants de plantes parallèles. Cette fable nous est d’ailleurs rapporté par Leo Lionni, le célèbre auteur de livres pour enfants qui, nous dit une note, « n’a rien à voir avec l’auteur de ce livre ».

 



La Garance voyageuse

octobre 2014



par Hélène Gillot-Lamure

 

Voilà un livre qui enchantera ceux qui marient la poésie et la science avec le plus grand naturel, ceux qui, tout en haut de la pile de leurs connaissances et de leurs expériences, savent poser l'excitation, l'émerveillement et la loufoquerie de l'enfance. Leo Lionni nous parle avec précision du petit monde des plantes parallèles issu de son imagination. Il nous décrit la morphologie de ces plantes qui n'existent pas et relate avec soin les circonstances de leur découverte comme s'il s'agissait de botanique ordinaire. Force est de constater la véracité des propos échangés par les personnages scientifiques de cette branche marginale de la botanique. Ainsi : « Si de deux sciences l'une est parallèle, l'autre l'est également par définition. » Dans ce cabinet de curiosités, la liberté de l'esprit, le goût du jeu et l'humour se faufilent avec étrangeté au milieu de phrases qui adoptent le ton froid de la description scientifique. La lecture de cet inclassable petit livre vous permettra enfin de déterminer avec bonheur ces douze espèces improbables qui manquaient à vos rêveries de botaniste.