Arts & métiers du livre n°315

juillet/août 2016

par Christophe Comentale

 

Le Publicateur du Collège de ’Pataphysique

 juin 2015

par Joël Gayraud

 

 

 Le Matricule des anges

février 2015

 par Éric Dussert

 

Hublots

novembre 2014

 par Philippe Annocque

 

Les éditions des Grands Champs qui nous avaient régalé l’an dernier de la merveilleuse Botanique parallèle de Leo Lionni nous propose cette année un nouvel objet d’émerveillement, lequel prend pour sujet un autre objet d’émerveillement. J’avoue que je n’en connaissais pas l’auteur, c’est pourquoi en bon élève je vous recopie sa présentation en quatrième de couverture : « Jean-Pïerre Le Goff (1942-2012), fils d’un marin perdu en mer, a très jeune fréquenté surréalisme, pansémiotique, banalyse et ’pataphysique. Dans chacun de ses écrits, l’évidence reste la même : le fil secret du monde est aussi ténu qu’infini, et immense est la joie de le tirer. » En l’occurrence, c’est de la coquille qu’il la tire, ou plutôt du coquillage, des coquillages, rares ou communs, ceux qui nous fascinaient enfants et ceux que nous n’osions pas imaginer, toute une collection sans doute, qu’on sent posée en face de lui, objets sur la table et objet de la pensée, sécrétion du mollusque disparu sécrétant à son tour un nouvel habitacle, ce livre CoQuillages :

 

« La plupart des notes de ce livre sont construites sur des enchaînements de pensées, souvent d’une viabilité ténue, mais qui n’en sont pas moins des raisonnements. Elles sont à l’image des coquillages qui semblent le produit d’une déduction de propositions, ou tout au moins d’une réflexion. Il est logique que ces textes calquent les processus perçus à la confrontation de l’esprit aux coquillages »  écrit Le Goff aux pages 162-163 de ces CoQuillages, donc, qui sont sans doute aussi probablement à l’origine du caractère bizarrement spiralé que je découvre à l’instant au développement de cette note même, que vous avez sous les yeux, vous étonnant de me voir tant tarder à vous signaler la coquille de ce titre, qui manquait au texte comme le mollusque à sa coquille déshabitée, et lui a été trouvée par son préfacier Didier Semin, coquille (et référence à Boris Vian de Le Goff à l’intérieur du texte) oblige, dont il ne faudra pas manquer de lire la lumineuse préface.

 

On aura compris que CoQuillages est tout à la fois un livre sur les coquillages et un livre sur notre rapport aux coquillages, livre aussi bien de nature que de culture donc, j’en pourrais prendre pour exemples quelques perles car en effet il y en est question, mais je préfère signaler le cône marmoreus de Rembrandt, rendez-vous page 50, qui ignorant la nature dextrogyre de l’enroulement de ce gastéropode, en réalisa une gravure fidèle dont l’impression mécanique le représentant en miroir en fait un coquillage imaginaire sans que la volonté de l’artiste y soit pour quelque chose. L’homme, frère du mollusque à son insu, prend conscience que sa conscience même obéit à des lois qui le dépassent.

 

Et puisque décembre arrive, c’est le moment de rappeler que CoQuillages est aussi un beau livre non seulement parce que c’est un beau livre, mais aussi parce qu’il appartient à cette catégorie aux somptueuses illustrations, qu’on aime à offrir à un lecteur précieux.